Rentrée littéraire : Scintillation / John Burnside

Poète reconnu en Écosse, John Burnside s’était essayé avec succès au style romanesque avec « La maison muette ».

« Scintillation » , son nouveau titre paru dans la maison d’édition Métaillé est à la croisée de nombreux styles.

Dans une ville industrielle ravagée par les fuites chimiques d’une usine, des jeunes garçons commencent à disparaître. Le flic de la ville, Morrisson, entrevoit un drame de plus grande ampleur que de simples fugues de garçons partis tenter leur chance dans une ville plus accueillante. C’est du moins ce que les industriels chargés de la réhabilitation du secteur voudraient faire penser, afin de ne pas attirer des services d’ordre qu’ils n’aient pas sous leur contrôle. Mais dans les ruines de l’usine abandonnée, des adolescents errent dans les décombres, sans croire un mot de ces adultes passifs et malades.

Proche du roman d’anticipation, sur une ville post-désastre écologique, où les hommes souffrent de maladies nerveuses, où des animaux mutants agonisent en silence sur le sol poussiéreux et toxique de l’usine, « Scintillation » reste pourtant plus simple malgré des clins d’oeil fréquents ( la ville scindée entre Intraville et Extraville).

On flirte également avec le livre d’épouvante, la scène où le policier découvre le premier enfant dans le bois empoisonné est particulièrement éprouvante. On pense par exemple à des classique de la terreur comme « Ça » de Stefen King, où dans une ville sordide du Maine des enfants disparaissent, traqués par une créature que les adultes refusent de voir où de comprendre, laissant les enfants face à leurs peurs, fascinés par des « lueurs mortes » (scintillations froides du rituel de mise à mort des enfants chez Burnside).

Le même déni, donc, puisque dans l’ Intraville personne n’enquête vraiment sur « les enfants perdus ».

Léonard est un jeune intellectuel, rebelle, noie son quotidien entre les livres, l’usine où il traîne et les soins qu’il doit porter à son père. Depuis la disparition de son meilleur ami, il est resté avec sa copine nymphomane, Jimmy le chef d’un gang brutal qui veut l’intégrer et l’Homme-Papillon, un chercheur marginal qui revient cycliquement en ville.

Ce livre est également l’occasion d’une réflexion sur la passivité et la connivence de ceux qui ferment les yeux. Léonard s’interroge sur ce comportement humain, sur l’ irresponsabilité biblique de ceux qui se contentent de mettre une marque blanche sur leur porte quand un ange vengeur emporte dans la mort tout les premiers nés…

Poétique de la responsabilité et de la compassion, Léonard accompagne dans la mort paisible un animal mutant alors que son amie insiste pour qu’il l’euthanasie. Mais il est aussi celui qui abregera les souffrances du pauvre homme sur qui le gang décide de défouler leur frustration avec sadisme.

Mais l’ange vengeur n’en finit pas de répandre son souffle vengeur sur les enfants, et les marques blanches s’effacent, à mesure que l’horreur s’étend.

C’est donc un remarquable et intense roman, sur une réalité qui ne cesse de se dégrader, et des hommes qui ne cessent de fermer les yeux.

Emma Breton

Category Littérature étrangère, Littérature européenne

Comments are closed.