L’or du Maniema / Jean Ziegler

 

Jean Ziegler est. vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies.

En 1964 il est fonctionnaire de l’ONU au Congo. Il assiste aux grèves des mineurs, aux révoltes des Africains, et aux affrontements sanglants qui ébranlèrent les mines du Haut Maniema.

Aujourd’hui, Jean Ziegler livre un roman sur ces évènements. Un roman qui aurait pu tout aussi bien être une histoire vraie.

En 1964, les mines du Maniema sont exploitées et détenues par des compagnies occidentales. Russes, belges, français, américains, se livrent dans ce coin éloigné de leurs pays un combat avide et politique. Mais finalement, communistes et capitalistes poursuivent un même but : l’or et le pouvoir.

Thomas a été élevé par les religieux. Jeune métis il prend tardivement conscience de la condition d’esclavage dans lequel est maintenu la population africaine malgré l’abolition et la fin de l’impérialisme. Il comprend que sous le nom de travail et d’exploitation se cache un mal ancien bien connu.

D’abord contre-maître dans les mines du Maniéma, il devient secrétaire général du syndicat des mineurs. Influencés par l’humanisme de Portugais exilés, fuyant le régime d’un autre tyran, Salazar, il forge l’idée d’un Congo libre et égalitaire.

Mais dans le feu des affrontements, il réalise qu’on ne mène aucun combat en gardant les mains propres. Dans une terre déjà divisée- diverses ethnies sont venues au Congo pour le travail des mines mais n’ont pas de réelle communauté d’appartenance- la sauvagerie et la barbarie de la guerre sème le doute et la peur dans son esprit.

Jusqu’où un combat juste peut-il être mené et à quel prix ? quels sacrifices, quelles pertes, sont acceptables ?

Dans ce roman terrifiant, Jean Ziegler retrace une époque de troubles internationaux et d’incertitudes, pas si lointaine.

Face à un pays ravagé par des siècles d’esclavage et de colonialisme, les tentatives et les espoirs de ceux dont la morale a été épargnée par les coups de boutoir de la violence omniprésente ne pèse que peu de poids. Dans une situation intenable, créée de toutes pièces par un jeu de conflits et de pouvoirs, foulée par les pieds d’aventuriers et de financiers, un peuple est accablé et assoiffé de liberté et de justice.

Et pourtant. Malgré les efforts déployés par les offensives des rebelles, Ziegler retrace fatalement combien toute tentative se heurte  à l’infini à des luttes fratricides.

Un roman pessimiste ? Un roman qui a le mérite de rappeler les entrelacements des intérêts de chacun, larvés dans un nid de corruption et de peur.

Mais sans pour autant renoncer à voir un jour le dénouement de cette situation, Ziegler écrit ces quelques mots, que dit un prêtre à un Thomas défait et désemparé : « Rien ne se perd, rassure toi. La terre sera fertilisée par tes os. Et tes pensées ou tes actions nourriront d’autres pensées, d’autres actions, qui en nourriront d’autres encore. La chaîne ainsi traverse les siècles. Les morts me constituent et je nourris ceux qui, demain, marcheront sur mon cadavre. C’est peut-être cela le sens de notre vie : être un éclat de mémoire, un grain dans le grenier de l’histoire, une parcelle fugitive de lumière ».

 

Emma Breton

 

 

Category Littérature étrangère, Littérature européenne, Rentrée 2011

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